Le tabac

Il n'y a qu'à voir la place occupée par le briquet dans l'artisanat de tranchée pour évaluer l'importance du tabac pour les poilus et le commandement fait son possible pour que l’approvisionnement en soit continu.

Le tabac de troupe est distribué aux poilus tous les sept jours conditionné dans des paquets de 50 ou de 100 grammes sous forme de scaferlati (lanières finement tranchées), généralement fumé à la pipe. Les gros fumeurs ont la possibilité d’en acheter en supplément à faible prix.

Un paquet de scaferlati de 50 grammes
 destiné aux troupes

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Ce tabac peut être conservé comme il est alors d'usage à la maison, dans un pot à tabac fabriqué directement sur le Front...

Un pot à tabac fabriqué à l'aide de deux douilles de 75

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Mais cet usage ne peut se concevoir que pour un soldat qui dispose d'un espace personnel bien identifié et confortable : en tout état de cause, le poilu utilise avant tout une tabatière achetée à l'arrière ou, le plus souvent, un compartiment de cartouchière allemande découpée qui, passé au ceinturon, assure une utilisation facile.

Une blague à tabac fabriquée dans une cartouchière allemande

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Une autre tabatière en corne destinée vraisemblablement, vue sa taille, à stocker le tabac à pipe

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Cette dernière tabatière à côté de deux tabatières destinées à priser... La différence est flagrante...

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Si les hommes dans les tranchées fument beaucoup - ne serait-ce que pour masquer l'odeur effroyable des cadavres qui pourissent non loin d'eux - le tabac est encore en 1914, prisé par de nombreux hommes. Voici, ci-dessous, quelques tabatières destinées au tabac à priser que pouvaient emporter avec eux les poilus.

Deux tabatières en corne de modèle civil

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 Une autre tabatière civile en bois exotique et en argent

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Une tabatière dite "queue de rat". Son couvercle légèrement bombé s'emboîte dans le corps de la pièce principale taillée dans une branche de bouleau. L'ouverture se fait en tirant sur le lacet de cuir qui prolonge le couvercle

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En plus du tabac, cinquante allumettes sont fournies par l’intendance tous les quinze jours. Leur usage dans les tranchées reste cependant limité par les intempéries et l’humidité ambiante. Ci-dessous une boîte d'allumettes suédoises (type 101 E) avec étiquette crème à 15 centimes, tarif en cours d'octobre 1917 à mai 1919, le prix étant auparavent à 10 centimes. Ces boîtes d'Allumettes Suédoises étaient plutôt destinées à la consommation générale en France, et ont probablement aussi été fournies à l'Armée pour laquelle deux types étaient livrés en priorité durant la guerre : les Allumettes TISONS (type 106) et les petites allumettes en cire dans des boîtes métalliques (type 20). 

Merci au site de philuménie (collection de boîtes d'allumettes) avpf.free.fr qui m'a permis de dater cette boîte d'allumettes et particulièrement à M. Marcel Krier qui a eu l'amabilité de répondre à ma demande d'identification et de m'apporter ces précisions sur les allumettes fournies aux soldats pendant le conflit.

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Une autre boîte de 50 allumettes paraffinées au phosphore amorphes (typre 191) à 5 centimes, utilisée entre 1901 et 1917

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Des pyrogènes portables en bois ou porte-allumettes, permettaient de protéger les allumettes de l'humidité ou d'éviter qu'elles ne s'enflamment de façon intempestive : les allumettes soufrées de l’époque, interdites aujourd’hui, s’enflammaient en effet par frottement sur n’importe quelle surface...

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Sous l'étui, le grattoir...

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Le poilu préfère cependant utiliser le briquet, qu'il s'agisse de briquets à essence (souvent fabriqués par le poilu lui-même : voir la rubrique briquets de tranchée) ou de briquets à mèche d’amadou, idéals en extérieur par tous les temps.

Voici deux briquets à essence achetés à l'arrière, l'un en laiton et l'autre en aluminium, et portant la plaque de taxe du ministère des Finances : ce modèle de plaque a été créé durant l'été 1916 avec le profil de Mercure et les lettres C et I pour Contributions indirectes. (A propos de cette taxe, je vous invite à consulter la page suivante qui en dresse un tableau très précis et qui m'a aidé à rédiger cette rubrique : acellie.free.fr/les%2520taxes.html)

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Un briquet de table manufacturé portant la même plaque de taxe des contributions indirectes.

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Ici bien visible avec un autre briquet arborant la même plaque.

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 Un briquet à amadou...

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... à comparer avec un autre briquet à amadou de marque le Perpetuus. Ce dernier possède la plaque fiscale en vigueur à l'époque. Vue sa taille (30 cm de long avec la mèche ainsi enroulée !), il s'agit plus vraisemblablement d'un briquet de table destiné à allumer les cigares que d'un briquet de poilu.

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Pour finir sur les briquets de l'époque voici un briquet-tempête : la grille que l'on pouvait faire coulisser (on peut le voir en comparant les deux photos) permettait de protéger la flamme en cas de vent et de pouvoir allumer son briquet en toutes conditions.

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La pipe, d’achat personnel, avec fourneau en bruyère et embout en corne est, elle aussi, parfaitement adaptée aux conditions de la guerre des tranchées et pratiquement inséparable du Poilu grâce à la chaleur que son fourneau procure. Des fourneaux en terre cuite sont aussi utilisés mais rapidement abandonnés car trop fragiles.

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Notez l'originalité de la pipe en terre cuite du modèle "Jacob" que certains poilus connaissaient bien.

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Sur le turban, un bandeau porte la mention "JE SUIS LE BEAU JACOB", ce qui permet de différencier ce modèle de la marque Fiolet et Scouflaire, des pipes de Gambier, le créateur de la pipe Jacob ("JE SUIS LE VRAI JACOB") de Dutel Giclon ("LE NOUVEAU JACOB"), de Wideger ("VOILA LE BON JACOB") ou encore de Job Clerc ("JE SUIS LE BON JACOB")...

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Parmi les 3 pipes présentées, la plus petite, qui fut visiblement longuement utilisée, a été gravée d'une main pour le moins incertaine d'initiales (A. G.) d'une série de nombres (30 10 14) et d'une paire d'épées croisées... On peut aisément imaginer un poilu immortalisant ainsi son baptême du feu le 30 octobre 1914... à moins que la gravure soit le fait d'un maître d'armes puisque les épées croisées désignait encore en 1914 cette spécialité dans l'armée française...

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Deux autres pipes de poilu, finement gravées.

La première porte le monogramme AD, les dates 1914-15 et le dessin d'un lièvre.

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La seconde arbore l'inscription "CAMPAGNE 14-15-16" surmontant deux branches de laurier croisées et trois étoiles.

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Les cigarettes, dont de nombreuses marques patriotiques fleurissent durant les hostilités, ont leurs amateurs aussi, mais elles ne sont pas encore d’usage courant. Elles sont encore en 1914 jugées efféminées par les hommes qui préférent le tabac à pipe. Cette idée va évoluer durant la guerre avec le papier à rouler mais sans pour autant détrôner la pipe. Ci-dessous, deux modèles de papier à cigarette utilisés durant le conflit : le papier JOB et le papier GOUDRON LA +

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